le shirk est
considéré comme un sujet à part entière auquel Allah a conféré une
importance majeure dans le Coran:
{Certes Allah ne pardonne pas qu'on Lui donne quelque associé. À part
cela,Il pardonne à qui Il veut }
[Sourate 4 – Verset 48. ]
Parce que le péché du Shirk constitue la négation de l'objet même de la
création de l'homme, il représente pour Allah le plus grave des péchés;
le péché impardonnable.
Le Shirk veut dire littéralement partenariat, partage ou association, [The
Hans Wehr Dictionary of Modern Written Arabic, p. 468] mais du point de
vue islamique, cela réfère à l'acte d'assigner des partenaires à Allah ,
quelle que soit la forme qu'ils prennent. La présente analyse du Shirk
est conforme aux trois grandes catégories développées dans l'étude du
Tawhid. De ce fait, nous allons tout d'abord nous pencher sur les
principales manifestations du Shirk dans le domaine de la Rouboubiya
(Souveraineté), dans celui d'Asma was-siffat (des Noms et Attributs
Divins) et, en dernier lieu, dans le domaine de la Ibada (Adoration).
Cette catégorie de Shirk concerne soit le fait de croire que d'autres
partagent la Souveraineté d'Allah sur la création et ce, sur un plan
d'égalité ou de quasi égalité, soit le refus pur et simple de croire en
un Souverain créateur. La plupart des systèmes religieux sont concernés
par le premier aspect du Shirk dans la Rouboubiyah, alors que ce sont
les philosophes et leurs philosophies inventées qui relèvent du second
aspect.
Tombent dans cette sous-catégorie les croyances dans lesquelles un Dieu
principal ou un Être Suprême, qui est au-dessus de la création, est
reconnu, cependant que Sa souveraineté est partagée avec des dieux de
moindre importance, avec des esprits, mortels, corps célestes ou objets
terrestres. De tels systèmes de croyance sont communément désignés par
les théologiens et les philosophes soit comme monothéistes (ayant un
seul dieu), soit comme polythéistes (ayant plusieurs dieux). Du point de
vue islamique, tous ces systèmes sont polythéistes et plusieurs d'entre
eux sont, à des degrés différents de dégénérescence, des systèmes
religieux de révélation divine qui étaient tous, à l'origine, basés sur
le Tawhid.
Brahmane, l'Être Suprême pour les Hindous, est conçu comme non présent,
englobant tout, inaltérable et éternel, l'Absolu impersonnel abstrait
dans lequel toute chose a son commencement et sa fin. Le dieu Brahma,
quant à lui, est le créateur personnifié de l'univers, et il forme une
trinité avec le dieu sauveur Vishnu et le dieu destructeur Shiva. [W.L.
Reese, Dictionary of Philosophy and Religion, (New Jersey: Humanities
Press, 1980), pp. 66-67 and 586-7. Voir aussi John Hinnells, Dictionary
of Religions (England: Penguin Books, 1984) pp. 67-8] Le Shirk dans la
Rouboubiyah est donc exprimé dans l'Hindouisme par la délégation à
d'autres dieux des pouvoirs de création, de destruction et de sauvegarde
qui n'appartiennent qu'à Dieu.
La croyance chrétienne soutient que le Dieu unique se révèle à travers
les trois personnes du Père, du Fils (Jésus-Christ) et du Saint-Esprit.
Néanmoins, ces trois personnes sont perçues comme formant une unité et
partageant une seule « substance ». [Dictionary of Religions, p. 337.]
Le Prophète Jésus, élevé au rang de divinité, est assis à la droite de
Dieu et juge le monde. Le Saint-Esprit qui, dans la Bible hébraïque, est
le moyen que Dieu utilise pour exercer son pouvoir créateur, devient,
dans la pensée chrétienne, une partie de la trinité. Paul a fait du
Saint-Esprit un alter ego du Christ, le guide et le secours des
Chrétiens, qui s'est manifesté pour la première fois le jour de la
Pentecôte [Dictionary of Philosophy and Religion, p. 231]. Par
conséquent, le Shirk dans la Rouboubiya se manifeste dans la croyance
chrétienne qui veut que Jésus et le Saint-Esprit soient les partenaires
de Dieu dans la totalité de Sa souveraineté, que seul Jésus prononce le
jugement du monde et que le Saint-Esprit guide les Chrétiens et leur
porte secours.
Les Zoroastriens (Parsis) conçoivent Dieu, Ahura Mazda, comme le
créateur de toutes les bonnes choses et croient que lui seul mérite
l'adoration absolue. Le feu est l'une des sept créations d'Ahura Mazda
et est considéré comme son fils ou comme son représentant. Mais ils
commettent aussi le Shirk dans la Rouboubiya en concevant le mal, la
violence et la mort comme les créations d'un autre dieu appelé Angra
Mainyu, qu'ils représentent par le symbole des ténèbres. [Dictionary of
Religions, pp. 361-2.] Ainsi, la souveraineté de Dieu sur toute la
création (i.e. Sa Rouboubiya) est partagée avec un esprit du mal élevé
au rang d'un dieu rival à cause du souci des hommes de ne pas attribuer
à Dieu le concept du mal.
Dans la religion Yoruba, qui compte près de 10 millions d'adeptes en
Afrique de l'Ouest (surtout au Nigeria), il y a un seul Dieu suprême,
Olorius (Dieu du Ciel) ou Olodumare. Néanmoins, la religion Yoruba
moderne est caractérisée par une multitude d'adorations d'Orisha et ce,
de telle manière que la religion Yoruba apparaît comme strictement
polythéiste. [Dictionary of Religions, p. 358] Par conséquent, les
Yorubas commettent le Shirk dans la Rouboubiya en prêtant toutes les
fonctions de Dieu à des dieux et des esprits mineurs.
Les Zoulous d'Afrique du Sud croient en un seul Dieu, Unkulunkulu, mot
qui veut dire l'ancien, le premier, le plus révéré. Les principaux
titres spécifiques de Dieu sont Nkosi Yaphezulu (Souverain du Ciel) et
Umvelingqanqi (le premier à apparaître). Leur Être Suprême est
représenté par un mâle qui, de son union avec la terre femelle, a
engendré le monde humain. Le tonnerre et les éclairs sont, dans la
religion zouloue, des actes de Dieu, alors que la maladie et les autres
troubles de la vie peuvent être causés par les ancêtres, les « Idlozi »
ou « Abaphansi » (ceux qui sont sous terre). Les ancêtres protègent
aussi les vivants, demandent à être nourris, sont satisfaits des rituels
et offrandes qui leur sont faits, punissent la négligence et prennent
possession des sorciers (inyanga). [Dictionary of Religions, p. 363]
Ainsi, le Shirk dans la Rouboubiya existe dans la religion zouloue, non
seulement à travers leur concept de la création du monde humain, mais
aussi par leur attribution à des esprits ancestraux du bien et du mal
qui arrive dans la vie des hommes.
Parmi certains Musulmans, le Shirk dans la Rouboubiya se manifeste par
la croyance que les âmes des saints et des autres êtres connus pour leur
piété peuvent affecter les affaires de ce monde, même après leur mort.
On attribue à leur âme le pouvoir de répondre aux besoins des humains,
de repousser les calamités et de porter secours à tous ceux qui font
appel à eux. Ainsi, les adorateurs de tombeaux attribuent aux âmes
humaines la capacité divine de causer des événements de cette vie, ce
qui est en fait du ressort exclusif d'Allah .
La croyance en « Rijaal al Ghayb », [Littéralement: « hommes du monde
invisible. » Le monde est censé continuer à exister grâce aux
intercessions d'une hiérarchie de Saints protecteurs dont le nombre est
fixe: lorsque l'un d'entre eux meurt, sa place est immédiatement prise
par un autre. (Shorter Encyclopedia of Islam, p. 582)] dont le chef
occupe une position appelée « Qotb » d'où il gouverne les affaires de ce
monde, est (une croyance) commune à plusieurs Soufis (mystiques
Musulmans). [Shorter Encyclopedia of Islam, p. 55.]
Cette sous catégorie représente les diverses philosophies et idéologies
qui nient l'existence de Dieu de manière explicite ou implicite. Dans
certains cas, la non-existence de Dieu est clairement proclamée
(athéisme) alors que dans d'autres cas, on prétend qu'il existe, mais la
manière dont II est conçu renie en fait Son existence (panthéisme).
Il y a en fait peu de « systèmes » religieux anciens dans lesquels Dieu
n'existe pas, le plus connu d'entre eux étant le système attribué à
Gautama Bouddha. Le Bouddhisme, un mouvement réformiste de l'Hindouisme
opposé au système des castes, fut fondé au 6e siècle AC, à la même
période que le Jaïnisme. Au cours du 3e siècle AC il devint religion
d'État. Avec le temps, il fut assimilé par l'Hindouisme, Bouddha
lui-même devenant l'un des avatars (incarnations de Dieu). Il disparut
de l'Inde, mais devint dominant en Chine et dans d'autres pays
orientaux. Le Bouddhisme Hinayana (400-250 AC), la première et la plus
stricte des deux interprétations du Bouddhisme, qui a pris de l'ampleur
après la mort de Gautama Bouddha, prend bien pour acquis que Dieu
n'existe pas, d'où le fait que le fardeau du salut n'appartient qu'à
l'individu seul. [Dictionary of Philosophy and Religion, p. 72]. Ainsi,
cette ancienne version du Bouddhisme peut être classée comme un exemple
de Shirk dans la Rouboubiya où l'existence de Dieu est niée de manière
explicite.
De la même manière, dans l'enseignement du Jaïnisme tel que systématisé
par Vardhamana, il n'y a pas de Dieu, mais des âmes libérées réalisent
une part de ce statut, disposant de l'immortalité et de l'omniscience;
et la communauté religieuse traite celles qui sont libérées comme si
elles étaient divines, construisant des temples à leur intention et
vénérant leurs images. [Dictionary of Philosophy and Religion, pp.
262-3.]
Le Pharaon du temps du Prophète Moïse est un autre exemple ancien. Allah
a mentionné dans le Coran qu'il a nié l'existence de Dieu et a prétendu
devant Moïse et devant tout le peuple d'Egypte que lui, Pharaon, était
le seul véritable seigneur de toute la création. Allah l'a cité disant à
Moïse :
{ Si tu adoptes, dit Pharaon, une autre divinité que moi, je te mettrai
parmi les prisonniers. }
[Sourate 26 – Verset 29.]
Et à son peuple, il dit : { C'est moi votre Seigneur, le très haut. }
[Sourate 79 – Verset 24.]
Aux 19e et 20e siècles, un nombre de philosophes européens ont affirmé
la non-existence de Dieu dans ce qui allait être connu comme « la
philosophie de la mort de Dieu». Le philosophe allemand Phillip
Mainlander (1841-1876), dans son oeuvre principale, La philosophie de la
Rédemption (1876), déclare que le monde commence avec la mort de Dieu,
puisque Dieu est un principe d'unité anéanti dans la pluralité du monde
et un principe de plaisir renié par la loi de la souffrance qui domine
le monde. [Dictionary of Philosophy and Religion, p. 327.] En Prusse,
Friedrich Nietzsche (1844-1900) a appuyé l'idée de « la mort de Dieu »
en suggérant que Dieu n'était rien d'autre qu'une projection de la
mauvaise conscience de l'homme et que l'homme constituait une passerelle
vers le surhomme. [Ibid.,p. 391.] Jean-Paul Sartre, un philosophe
français du 20e siècle, a aussi repris l'idée de « la mort de Dieu ». Il
prétendit que Dieu ne pouvait exister car II était une contradiction «en
termes ». L'idée de Dieu, selon lui, est une projection que l'homme doit
faire, étant ce qu'il est. [Ibid., pp.508-9.]
La proposition de Darwin (mort en 1882) selon laquelle l'homme est
seulement un singe évolué fut largement adoptée par les théoriciens des
sciences sociales et les philosophes du 19e siècle parce qu'elle
apportait une base « scientifique » à la non-existence de Dieu. Selon
eux, la religion a évolué de l'animisme au monothéisme parallèlement à
la prétendue évolution sociale de l'homme de son état d'individu
indépendant à son état national, et à son évolution physique de singe en
homme.
Ils tentent d'éluder les questions entourant la création en prétendant
qu'il n'y avait personne et en attribuant les qualificatifs d'Allah,
d'être sans début et sans fin à la matière qu'il a créée. De nos jours,
les défenseurs de cette croyance sont les adeptes de Karl Marx,
communistes et socialistes scientifiques, qui prétendent que l'origine
de toute chose qui existe est la matière en mouvement. Ils prétendent
aussi que Dieu est une invention de l'homme créée par les classes
dirigeantes pour justifier leur autorité héréditaire et dévier
l'attention des masses opprimées des réalités qu'ils vivent.
Un exemple de cette forme de Shirk parmi certains Musulmans se retrouve
chez plusieurs Soufis comme Ibn Arabi qui prétend que seul Allah existe
(tout est Allah et Allah est tout). Ils nient l'existence séparée
d'Allah et de ce fait nient Son existence véritable. Cette idée ait
aussi exprimée au 17e siècle par le philosophe juif hollandais Baruch
Spinoza, qui prétendait que Dieu est la somme de toutes les parties de
l'univers, y compris l'homme.
Le Shirk dans cette catégorie inclut à la fois la pratique commune des
païens de donner à Allah les attributs de Sa création et l'acte de
donner à des êtres créés les noms et attributs d'Allah.
Dans cet aspect du Shirk dans al-Asma was-Sifate, on donne à Allah la
forme et les qualités d'êtres humains et d'animaux. Du fait de la
supériorité de l'homme sur les animaux, la forme humaine est plus
communément utilisée par les idolâtres pour représenter Dieu dans la
création. Il en découle que l'image du Créateur est souvent peinte,
moulée ou sculptée sous forme d'êtres humains possédant les mêmes
caractéristiques physiques que ceux qui les adorent. Par exemple, les
Hindous et les Bouddhistes adorent d'innombrables idoles ayant
l'apparence des hommes asiatiques et les considèrent comme des
manifestations de Dieu dans la création. La croyance chrétienne des
temps modernes voulant que le Prophète Jésus soit l'incarnation de Dieu,
c.-à-d. que le Créateur est devenu Sa création, est un autre bon exemple
de ce type de Shirk. Il y a eu par le passé de nombreux soi-disant
grands peintres chrétiens ; parmi eux, Michel-Ange (mort en 1565), qui a
peint Dieu comme un vieil homme nu d'apparence européenne, avec de longs
cheveux blancs et une barbe blanche fournie sur le plafond de la
Chapelle Sixtine au Vatican. Ces images ont par la suite bénéficié de la
plus haute estime du monde chrétien.
Cette forme de Shirk dans al-Asma was-Sifate s'applique aux cas où l'on
attribue à des êtres ou à des choses créés les noms d'Allah ou Ses
attributs, ou qu'on se les attribue soi-même. Par exemple, c'était le
cas des anciens Arabes qui adoraient des idoles dont les noms étaient
dérivés des noms d'Allah. Leurs trois principales idoles étaient :
al-Lat, tiré du nom d'Allah al-Elah, al-Ozza, tiré de al-Aziz et
al-Manat, tiré de al-Mannan. À l'époque du Prophète Mohamed il y avait
également un faux prophète, dans une région de l'Arabie appelée Yamamah,
et il s'était gratifié du nom de Rahmane qui n'appartient qu'à Allah.
Les Nousayriyah de Syrie sont une secte chiite et ils croient que le
cousin et gendre du Prophète Mohamed , Ali Ibn Abi Talib , était une
manifestation d'Allah et ils lui attribuent plusieurs des qualités
d'Allah. Les Ismaélites constituent une autre secte chiite, également
connue sous le nom des Agha Khanis, et ils considèrent leur chef de
file, l'Agha Khan, comme Dieu incarné. Les Druzes du Liban sont aussi
inclus dans cette catégorie, puisqu'ils croient que le calife Fatimide
al-Hakim bi Amrillah fût la dernière manifestation d'Allah parmi les
humains.
On peut aussi inclure dans cet aspect du Shirk dans al-Asma was-Sifate
certains Soufis (mystiques musulmans) qui prétendent, comme al-Hallaj,
qu'ils ne font plus qu'un avec Dieu et qu'en tant que tels ils existent
comme des manifestations du Créateur au sein de Sa création. Les adeptes
du spiritualisme des temps modernes et les médiums comme Shirley
Maclaine, J.Z. Knight, etc., prétendent souvent posséder un statut
divin, et attribuent le même statut au genre humain en général. La
théorie de la relativité d'Einstein (E=mc2, l'énergie est égale à la
masse, multipliée par le carré de la vitesse de la lumière) enseignée
dans toutes les écoles est en fait une expression de Shirk dans al-Asma
was-Sifate. La théorie déclare que l'énergie ne peut être ni créée ni
détruite; elle se transforme simplement en matière et vice versa.
Pourtant, aussi bien la matière que l'énergie sont des entités créées et
toutes deux seront détruites, comme Allah le déclare clairement:
{ Allah est le Créateur de toute chose, et de toute chose Il est Garant.
}
[Sourate 39 – Verset 62]
{ Tout ce qui est sur elle (la Terre) doit disparaître. }
[Sourate 55 – Verset 26]
La théorie implique aussi que la masse et l'énergie sont éternelles,
n'ayant ni début ni fin, puisqu'elle suppose qu'elles ne sont pas créées
et qu'elles se transforment continuellement l'une en l'autre. Cependant
cet attribut n'appartient qu'à Allah qui est le Seul à n'avoir ni début
ni fin.
La théorie de l'évolution de Darwin est également une tentative pour
expliquer l'évolution de la vie et ses formes à partir de la matière
inanimée, sans l'intervention de Dieu. L'une des figures de proue du
darwinisme au 20e siècle, Sir Aldous Huxley, exprima cette pensée de la
manière suivante : «Le darwinisme a ôté de la sphère du débat national
l'idée commune voulant que Dieu ait créé tous les organismes. » [Cité
dans The Neck of thé Giraffe, de Francis Hitching, (New York: Ticknor
and Fields, 1982), p. 254 de Tax and Callender, 1960, vol.]
Dans cette catégorie de Shirk, les actes d'adoration sont consacrés à
d'autres qu'à Dieu, et la rétribution pour l'adoration est recherchée
auprès de la création plutôt qu'auprès du Créateur. Comme dans le cas
des catégories précédentes de Shirk, le Shirk dans l'adoration comporte
deux aspects majeurs.
Cette forme de Shirk se manifeste lorsque tout acte d'adoration est
consacré à autre qu'à Allah. Elle représente la forme la plus évidente
d'idolâtrie pour laquelle Allah a spécifiquement envoyé les Prophètes,
afin que ces derniers en éloignent les masses humaines. Ce concept est
étayé par la déclaration d'Allah dans le Coran.
{ Nous avons envoyé dans chaque communauté un Messager pour leur dire :
« Adorez Allah et écartez-vous du Taghout (fausses divinités) ». }
[ Sourate 16 – Verset 36 ]
Taghout veut dire, en fait, une chose adorée parallèlement à Allah ou
adorée à la place d'Allah . Par exemple, l'amour est une forme
d'adoration qui, dans sa perfection, devrait être consacrée uniquement à
Allah. En Islam, l'amour de Dieu est exprimé par une obéissance totale à
Sa volonté. Il ne s'agit pas du même type d'amour que l'homme ressent
naturellement vis-à-vis de la création, envers ses parents, ses enfants,
envers la nourriture, etc. Consacrer ce type d'amour à Dieu, c'est le
rabaisser au niveau de Sa création, ce qui constitue un Shirk dans
al-Asma was-Sifate. L'amour dans le sens d'adoration, c'est l'abandon
total de sa propre volonté à Dieu. C'est pourquoi Allah a dit au
Prophète de dire aux croyants:
{ Dis: « Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera
alors... ».
[ Sourate 3 – Verset 31 ]
Le Prophète a également dit à ses compagnons : «Personne d'entre vous ne
sera un vrai croyant jusqu'à ce que je devienne à ses yeux plus cher que
son enfant, que son père et que toute l'humanité.» [Rapporté par Anas et
recueilli par al-Boukhari (Sahih Boukhari (Anglais-Arabe), vol. 1, p.20,
no. 13) et Mouslim (Sahih Mouslim (traduc. anglaise), vol. 1, p. 31, no.
71).]
L'amour du Prophète n'est pas fondé sur sa qualité d'homme, mais sur
l'origine divine de son message. Ainsi, au même titre que l'amour pour
Allah, il s'exprime par une soumission totale à ses injonctions. Allah a
dit dans la révélation finale:
{ Quiconque obéit au Messager obéit certainement à Allah.} [Sourate 4 –
Verset 80]
et { Dis: « Obéissez à Allah et au Messager...} [Sourate 3 – Verset 32]
Si l'homme permet à l'amour de quelque chose ou de quelqu'un de
s'interposer entre lui et Allah , alors il a consacré un acte
d'adoration à autre qu'à Allah. En ce sens, l'argent peut devenir notre
dieu ou même nos désirs peuvent devenir un dieu. Le Prophètea dit :
«L'adorateur du Dirham sera toujours malheureux» [Rapporté par
al-Boukhari (Sahih Boukhari (Anglais-Arabe), vol. 8, p.296, no. 443).]
Et Allah a dit dans le Coran:
{ Ne vois-tu pas celui qui a fait de sa passion sa divinité? }
[ Sourate 25 – Verset 43 ]
On a beaucoup insisté sur le mal du Shirk dans al 'Ibada (adoration),
car il contredit l'objet même de toute la création, tel qu'exprimé dans
la déclaration d'Allah : {Je n'ai créé les djinns et les hommes que pour
qu'ils M'adorent. }[ Sourate 51 – Verset 56 ]
Le Shirk majeur constitue le plus grand acte de rébellion contre le
Seigneur de l'univers et est donc le péché ultime. C'est un si grand
péché qu'il annule virtuellement toute bonne action qu'une personne
pourrait faire et celui qui le perpètre est pratiquement sûr d'être voué
à la damnation éternelle en Enfer. Par conséquent, toutes les fausses
religions sont basées principalement sur cette forme de Shirk. Tous les
systèmes inventés par les hommes invitent d'une manière ou d'une autre
leurs adeptes à l'adoration de la création. Les Chrétiens sont exhortés
à adresser leurs prières à un homme, un prophète de Dieu du nom de
Jésus, dont ils prétendent qu'il aurait été l'incarnation divine. Les
Catholiques, parmi les Chrétiens, adressent leurs prières à Marie en
tant que « mère de Dieu », aux anges comme Michaël, qui est honoré le 8
mai et le 29 septembre en tant que St-Michaël, [William Halsey (éd.),
Colliers Encyclopedia, (U.S.A.: Crowell-CollierEducational Foundation,1970,
vol.16, p110] ainsi qu'à des saints humains, réels ou fictifs.
Les Musulmans dont les actes d'adoration tombent dans cette catégorie de
Shirk sont ceux qui vouent un culte au Prophète Mohamed ou aux mystiques
au sein de la hiérarchie soufi des saints, croyant qu'ils peuvent
exaucer leurs prières, alors même qu'Allah a clairement dit dans le
Coran:
{ Dis: « Informez-moi: si le châtiment d'Allah vous vient, ou que vous
vient l'Heure,
ferez-vous appel à autre qu'Allah si vous êtes véridiques? » }
[ Sourate 6 – Verset 40 ]
Mahmoud Ibn Loubayd rapporte : « Le Messager d'Allah a dit : « La chose
dont j'ai le plus peur pour vous est ash-Shirk al-Asghar (Shirk mineur).
» Les compagnons demandèrent : « Ô, Messager d'Allah, qu 'est-ce que le
Shirk mineur? » II répondit: « Ar-Riya (s'afficher), car en vérité Allah
dira, le Jour de la Résurrection, lorsque les gens recevront leurs
récompenses: « Allez donc demander des récompenses à ceux pour qui vous
vous montriez dans le monde matériel et voyez s'ils peuvent vous
rétribuer d'une quelconque manière. » [Rapporté par Âhmad, at-Tabarani
et al-Bayhaqi dans az-Zouhd. Voir Taysir al- 'Aziz al-Hamid, p. 118.]
Mahmoud Ibn Loubayd a dit également: « Le Prophète sortit un jour et
annonça : « Ô gens, méfiez-vous du Shirk secret ! » Les gens demandèrent
: « Ô Messager d'Allah, quel est le Shirk secret ? » II répondit : «
Lorsqu 'un homme se lève pour prier et s'efforce d'embellir sa prière
parce que les gens le regardent; voilà ce qu’est le Shirk secret. »
[Recueilli par ibn Khouzaymah.]
Ar-Riya consiste à exercer l'une des formes diverses d'adoration avec
l'intention d'être vu et de recevoir des éloges. Ce péché détruit tout
le bénéfice qui réside dans les bonnes actions et entraîne pour celui
qui le commet une punition sérieuse. Cela est particulièrement
dangereux, car il est naturel pour l'homme de désirer que ses semblables
l'apprécient et d'éprouver du plaisir à ce que ces derniers louent ses
qualités.
Accomplir des actes religieux pour impressionner les gens ou pour
recevoir des louanges est une mauvaise action qui mérite notre plus
grande attention. Ce danger est réellement important pour les croyants
dont le but est de faire que tous les actes de leur vie se transforment
en actes religieux dédiés à Dieu. En fait, il est peu probable que les
vrais croyants dotés de savoir puissent se rendre coupables de ash-Shirk
al-Akbar, puisque ses pièges sont si évidents. Mais pour le vrai
croyant, comme pour tout le monde, le risque de commettre ar-Riya
(ostentation) est de même importance parce qu'il est quasiment
indécelable. Cela n'implique que le simple fait de changer son
intention. Le pouvoir de motivation qui y est attaché est aussi très
fort, puisqu'il provient de la nature profonde de l'homme. Ibn 'Abbas a
fait allusion à cette réalité lorsqu'il a dit : « Le Shirk est plus
caché qu’une fourmi noire rampant sur une pierre noire, par une nuit
noire sans lune. » [Rapporté par ibn Abi Hatim et cité dans Taysir
al-Aziz al-Hamid, p. 587].
Ainsi, on doit faire très attention pour s'assurer que nos intentions
sont pures du début à la fin de nos actes à chaque fois que l'on
accomplit de bonnes actions. Afin de s'assurer de cela, il est
recommandé en Islam de prononcer le nom d'Allah avant tout acte
d'importance. Une série de Dou'as (invocations) ont aussi été prescrits
par le Prophète avant et après chacune des habitudes naturelles telles
que se nourrir, boire, dormir, avoir des rapports sexuels et même aller
aux toilettes, afin de transformer ces habitudes quotidiennes en actes
d'adoration et de développer chez les Musulmans une conscience d'Allah
de tous les instants. C'est cette conscience, appelée Taqwa, qui assure,
en dernier ressort, que les intentions restent pures.
Le Prophète a aussi fourni une protection contre les actes inévitables
de Shirk en enseignant certaines prières spécifiques pouvant être dites
à tout moment. Abou Moussa a dit : « Un jour le Messager d'Allah a
prononcé un sermon disant : « Ô gens, craignez le Shirk car il est plus
caché que le rampement d'une fourmi » Ceux qu'Allah a voulus ont demandé
: « Et comment devons-nous l'éviter alors qu'il est plus caché que le
rampement d'une fourmi, O Messager d'Allah ? » II répondit : « Dites: «Allahoumma
inna na 'oudhou bika an nouchrika bika chayan na 'lamouh, wa
nastaghjïrouka lima la na 'lamouh» - (Ô Allah, nous cherchons refuge
auprès de Toi contre le fait de commettre le Shirk en en étant
conscients et nous Te demandons de nous pardonner lorsque nous le
commettons sans le savoir.) [Recueilli par Ahmad et at-Tabarani.].
